"Ce n’est pas le moment de faire des concessions sur l’objectif de 40 %"

Lydia Mutsch et Corinne Cahen ont présenté les priorités de la Présidence luxembourgeoise devant la commission FEMM du Parlement européen

Les ministres de l’Egalité des Chances ainsi que de l’Intégration et de la Famille, Lydia Mutsch et Corinne Cahen, ont présenté le 14 juillet 2015 les priorités de la Présidence luxembourgeoise en matière de l’égalité entre hommes et femmes et de l’intégration des Roms à la commission des droits de la femme et de l’égalité des genres du Parlement européen réunie à Bruxelles.


Lors de son intervention, Lydia Mutsch a constaté que les femmes ont été frappées davantage par la crise économique et ses conséquences, notamment les mesures d’austérité, du fait "qu’elles sont plus exposées à la précarité de l’emploi, au licenciement, à la pauvreté et à la détresse sociale". Selon la ministre, ceci est "d’autant plus vrai pour les mères célibataires, les jeunes, les seniors, les immigrées et les minorités ethniques". Elle a appelé à évaluer les effets sur les femmes de chaque stratégie élaborée pour combattre la crise et souligné l’importance du ‘Gender Budgeting’ pour "démontrer les impacts différents d’une politique budgétaire sur les femmes et les hommes".


Lydia Mutsch a encore insisté sur la nécessité de maintenir la Stratégie pour l'égalité entre les femmes et les hommes de la Commission européenne qui expire cette année. "Aux yeux de la Présidence luxembourgeoise, l’éventualité de vouloir intégrer la politique de l’égalité entre femmes et hommes dans d’autres stratégies serait un faux signal et à contre-courant du chemin d’ores et déjà achevé, notamment dans le contexte de l’ère de l’après-crise.

L’égalité des chances doit rester un sujet à part", a-t-elle souligné. Cette stratégie qu’elle juge "indispensable" permettrait de clairement identifier les causes des inégalités entre femmes et hommes dans tous les domaines politiques, a-t-elle précisé. Pour la ministre, il s’agit d’une question de visibilité, mais "également et surtout" d’une question de "priorité et de crédibilité politique".


La ministre a ensuite présenté les quatre priorités de la Présidence luxembourgeoise, en soulignant que l’égalité entre les femmes et les hommes est "prioritaire" pour le Luxembourg et qu’elle constitue le "principe directeur" de son programme gouvernemental.

La première priorité est la participation équilibrée des femmes et des hommes à la prise de décision économique et politique, a expliqué Lydia Mutsch qui a précisé que les hommes détenaient en 2012 plus de trois quarts des postes ministériels dans l’UE et que la moyenne des femmes dans les conseils d’administration s’élève à 16 %, un taux "médiocre". Elle a annoncé par ailleurs que la Présidence luxembourgeoise allait soutenir la proposition de directive européenne en faveur des quotas légaux pour les sociétés cotées en bourse, qui fixe un objectif de 40 % d’ici 2020.


La deuxième priorité est le marché de l’emploi et plus particulièrement l’augmentation du taux d’emploi féminin. Le sujet du partage des responsabilités entre hommes et femmes dans la vie professionnelle et dans la vie privée sera abordé lors de la réunion informelle du Conseil EPSCO (Emploi, Politique sociale, Santé et consommateurs) les 16 et 17 juillet 2015, a annoncé Lydia Mutsch. Cette réunion visera notamment à intéresser les ministres de l’Emploi au sujet et à thématiser le rôle des hommes qui devait être remis en question, a-t-elle ajouté tout en précisant que les hommes peuvent aussi être sujets à des discriminations et des inégalités.


Comme troisième priorité, la Présidence luxembourgeoise souhaite promouvoir le principe du "Gender Mainstreaming" dans les différentes politiques et institutions de l’UE, a indiqué la ministre, pour qui il est important que les autres formations au niveau du Conseil intègrent la perspective du genre dans leurs travaux.


La Présidence luxembourgeoise veut mettre en évidence le rôle que peut jouer l’UE pour promouvoir l’égalité des chances et les droits des femmes partout au monde, conformément aux recommandations de la Plateforme d’Action de Beijing, ce qui constitue la 4e priorité.


La ministre a encore abordé la prostitution et la violence contre les femmes. Dans ce contexte, elle a annoncé la volonté de la Présidence de faire accélérer les travaux en vue d’une ratification de la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, signée par 36 Etats européens.


En conclusion, la ministre a insisté sur l’écart salarial entre femmes et hommes qui s’élevait à 16,4 % en mars 2015, contre 17,3 % en 2008. Si l’écart salarial a diminué dans la majorité des Etats membres de l’UE, il a augmenté dans une dizaine d’autres, a fait savoir Lydia Mutsch.
Lors du débat, les eurodéputés, en majorité des femmes, ont félicité les deux ministres pour leurs interventions très "complètes".

Plusieurs députés ont interrogé Lydia Mutsch sur son intention de faire avancer la proposition de directive de 2008 sur le congé de maternité, bloquée depuis plusieurs années et sous menace d’être retirée par la Commission européenne dans le cadre de son programme "Mieux légiférer". Une eurodéputée a fait part de sa crainte que la proposition de directive en faveur des quotas légaux pour les sociétés cotées en bourse pourrait connaître le même sort. D’autres ont souligné l’importance de lutter contre la violence des femmes et ont appelé à réduire l’écart entre les retraites.


En réponse aux députés, Lydia Mutsch a réaffirmé que la question des quotas pour les sociétés cotées en bourse est une "priorité" de la Présidence qui souhaite aboutir à des conclusions en décembre. "Même si peu de femmes seront finalement concernées, il s’agit d’un message politique très important qui aura une visibilité énorme", a-t-elle jugé.

Elle a ajouté que "ce n’est pas le moment de faire des concessions sur l’objectif de 40 %" car cela remettrait en question un accord de compromis qui était difficile à trouver. Quant à la proposition de directive sur le congé maternité, elle a dit "déplorer son sort", tout en réaffirmant l’engagement de la Présidence "pour sa cause".

Photo:© European Union 2015 - Source EP

  • Mis à jour le 16-07-2015